Article de Isabelle Laplante et Nicolas De beer Coachs-formateurs de Mediat-Coaching « Qu’est-ce que c’est que les relations de pouvoir ? Le pouvoir,
c’est essentiellement des relations, c’est-à-dire ce qui fait que les
individus, les êtres humains sont en relation les uns avec les autres,
non pas simplement sous la forme du désir, mais également sous une
certaine forme qui leur permet d’agir les uns sur les autres et, si vous
voulez, en donnant un sens très large à ce mot, de se « gouverner » les
uns les autres. Les parents gouvernent les enfants, le professeur
gouverne… » Michel Foucault.
Et le coach, que gouverne-t-il ? Comment gouverne-t-il ? Est-ce qu’il
assoit son gouvernement sur la détention du savoir ? Auquel cas, il
cherchera à en savoir toujours plus. Plus de savoir technique et
d’outils, et aussi plus de savoir sur le client. Toujours plus
d’information, comme si l’obtention du résultat était liée à la
compréhension et au savoir. Comme s’il y avait une cause à effet entre
le savoir du coach, sa compréhension de l'autre et le fait que le client
trouve ses solutions. Le Savoir
Le coach s’en va souvent en quête d’un nouveau savoir, d’une nouvelle
pratique, nouvel outil, nouvelle typologie de personnalité, nouveau
test, qui lui permettraient d’en savoir plus. Pour quoi faire ? Pour
être plus compétent ? Pour être qui ? Etre le meilleur ? Pour mieux
aider le client ? Alors, quel est le savoir du coach qui aide le client ?
Est-ce que l’outil supplémentaire aide le client ? Ou nous rassure, car
c'est une béquille au cas où nous ne saurions pas quoi faire ? Pas qui
être ? Ceci pour nous aider à combler nos vides intérieurs, notre peur
de ce qui peut arriver que nous n’attendions pas. Cette peur du futur
immédiat qui nous ferait peur si nous ne contrôlions pas ?
Le risque est de vouloir savoir pour faire et faire pour exister en
séance, pour justifier sa présence, se légitimer, légitimer sa
prestation, éviter la disqualification toujours possible.
Il y a même des coachs, ils sont rares heureusement qui font un test
avant de commencer un coaching. Ceci, juste pour se rassurer quant à
l'autre ? Mais, comment peut-on seulement envisager de connaître l'autre
?
Je me souviens d’un coach qui, ayant utilisé un profil de personnalité,
en avait conclu en accord avec le client, que celui-ci n’était pas fait
pour telle fonction, alors qu’il était venu, en fait, voir le coach en
vue d’y arriver. S’appuyant sur son système typologique, le coach avait
dit « Vous ne semblez pas fait pour cela, explorons d’autres pistes
possibles » allant ainsi dans le sens de la faiblesse du client, à
l’inverse de sa demande.
Le savoir d’un coach, c’est du savoir-faire. Savoir-faire avec les
processus. Et des procédures pour le cadre. C’est aussi de la
connaissance : éthique, philosophique, scientifique, méthodologique pour
pouvoir travailler avec ce qui est important. L’important, c’est le
savoir du client, l'important c’est qu’il retrouve son savoir, qu’il
retrouve sa compétence, qu’il retrouve son autonomie.
Nous allons partir de l’hypothèse que, dans une conversation de
coaching, plus le coach veut savoir, moins le client saura. Plus le
coach fera, moins le client aura d'espace pour faire. Conduire une
séance de coaching, c’est créer un contenant, être concave, poser espace
vide où sont présents le confort et la sécurité, pour permettre au
client d’expérimenter ce qu’il ne peut ou n’ose pas ou plus faire dans
le contexte problématique particulier pour lequel il est venu nous voir.
Plus le coach connaît ce dont on parle, plus il sera tenté, souvent,
d’agir « à la place », d’utiliser ses savoirs pour intervenir. Avec le
risque d’afficher un pouvoir, celui du savoir. Et plus il agira en ce
sens, moins il laissera de place au client pour faire.
Alors, acquérir encore plus de savoir, que ce soit en posant des
questions de contenu afin de nous rassurer que nous comprenons, ou
mettre en avant du savoir pour nous rassurer que nous sommes
professionnels, sont une même démarche : craindre de ne pas savoir quoi
faire, de ne pas savoir qui être en séance, légitimer sa présence, sa
prestation ou désir de briller. La peur du silence ? La crainte de ne
pas exister ? La méconnaissance de sa position ?
Ceci était la posture stratégique, savoir, analyser, diagnostiquer, anticiper, intervenir pour.
La posture collaborative sera d'acquérir des savoirs nécessaires pour pouvoir s’en retirer, générant ainsi un espace au client.
« Comment être en même temps tout à la fois l’entourage qui appelle le
mouvement et le mouvement qui informe le vivant ? Il n’y a qu’une
réponse : être aveugle et ignorant, aveugle pour voir sans bouger dans
toutes les directions et ignorant pour que tout puisse venir à l’esprit
et au corps ». (François Roustang) Le Pouvoir
Le savoir procure du pouvoir. C’est un danger certain. Sommes-nous ici
pour prendre du pouvoir sur le client ? Certainement pas, beaucoup de
professionnels en sont convaincus.
Michael White évoquait ainsi le pouvoir dans les métiers de la relation d’aide :
« Nous devons travailler à identifier le contexte des idées dans
lesquelles nos pratiques se situent et à explorer l’histoire de ces
idées. Cela nous permettra d’identifier les effets, les dangers et les
limites de ces idées et de nos propres pratiques. Et, au lieu de croire
que l’accompagnement n’a rien à voir avec le contrôle social, nous
devrions supposer que ça a toujours été une forte possibilité. Nous
devons donc travailler à repérer et à critiquer les aspects de notre
travail qui pourraient s’apparenter à des techniques de contrôle social
».
Puisque le point important, c’est le pouvoir du client, c’est-à-dire
qu’il « puisse » à nouveau, soyons attentifs au pouvoir qui met l’autre
en déficit, et au savoir qui, issu d’une soumission inconsciente au
contrôle social, risque d’influencer nos séances dans un sens que n’a
pas souhaité le client. Soyons attentif, le coaching a une dimension
politique. Soit de conformité, soit d’autonomie :
- De conformité aux normes économiques, sociales ?
- D'autonomie du client qui va retrouver sa puissance, se sentira plus
responsable, plus à même de choisir dans sa vie professionnelle ce qui
lui convient.
Alors, la question que nous pourrions nous poser pourrait être : « Que
fais-je quand j’interviens en séance ? Au service de qui, de quoi ? »
Le Non-Savoir
Partons de la dynamique suivante, si le coach se retire de son savoir
alors le client va pouvoir retrouver le sien. Si le coach se retire du
pouvoir, alors le client va retrouver le sien.
Qu’est ce que cela veut dire ? Plus le coach montrera son savoir,
utilisera son savoir, plus le client se retirera. C’est très visible en
séance, et, dans ce cas, nous pouvons souvent voir le corps du client se
reposer sur le dos de sa chaise. Il attend la suite « Et après ? ». Le
risque est que le coach continue à fournir, fuie en avant. Ou donne des
consignes, des impératifs... Alors quand il voudra reprendre la
position, redonner la main au client, celui-ci, poussé en position
passive par l’incongruité du coach, attendra une nouvelle réponse, sera
démobilisé, et le coach pourra en conclure que le client résiste. Or
résistance et pouvoir sont un couple indissociable.
Que faire d’informations qui ont amené le client à se noyer dans sa
recherche d’informations ? Peu de choses. Les informations que relève le
coach sont plus celles concernant la relation entre le client et lui,
bien plus que celles de la situation problématique.
Le non-savoir, c’est se retirer de son savoir ce qui est différent du «
pas savoir » qui est une attitude non-professionnelle (celle de ceux qui
croient savoir). C’est la différence entre zazen et s’asseoir sur un
coussin. Le non-savoir va permettre au coach d’avoir des nouvelles de la
relation, de repérer le processus.
Pouvoir
Ce qui légitime le coach, ce n’est ni Le Savoir, ni Le Pouvoir, ce sont deux autres notions : non-savoir et pouvoir.
« Pouvoir », comme un verbe à l’infinitif. Si je désire que le client
puisse arriver à faire ce qu’il souhaite, un bon moyen d’y arriver est
de lui montrer que c’est possible, et donc d’être capable de le faire
moi aussi - et surtout moi, en premier. Que je sois exemplaire,
démonstratif de ce que le client souhaite. C’est parce que je vais
prendre le risque d’oser, que le client, voyant que je peux le faire,
que j’ose le faire, osera à son tour. L’exemplarité, c’est oser
traverser le « thème » du client. Si je reste tranquille, sans prendre
de risque, sans être démonstratif, utilisant mes outils, typologies...
pourquoi le client se bougerait-il ? J’ai à être à la hauteur du
challenge du client, à la hauteur de sa prise de risque nécessaire. Traverser le thème
Traverser le « thème » du client passe par l'ici et maintenant. C’est
mettre en acte ce que le client est en train de nous montrer de son
processus (ou ce qu’il nous dit). Et ça fait souvent peur ! Parce que
c’est prendre un risque, celui de « percuter » le processus, donc de
provoquer une rupture.
C’est, par exemple, couper la parole au client en disant « le temps
court, bientôt il sera trop tard », quand celui-ci depuis le début de la
séance répond en termes abstraits aux questions de contenu concret --
évasion. Bien sûr, en agissant comme cela, le client ne faisait qu’acter
sa problématique (« Je n’arrive pas à passer à l’acte »). Résultat, il
s’est levé de sa chaise en disant « je vais vous montrer ».
C’est dire « nous tournons en rond, je ne sais pas si nous pouvons
continuer à travailler ensemble, je ne sais pas si je suis la bonne
personne pour vous accompagner », au moment où la conversation s’enlise
et que le coach se dit « nous tournons en rond, il n’ose pas plonger, je
ne sais pas quoi faire, on va dans l’impasse ». Evidemment, cette
impasse était la mise en acte de la problématique du client : dévalorisé
par son hiérarchique, il avait perdu son autorité et en était arrivé à
se demander s’il était vraiment fait pour être manager (suis-je la bonne
personne ?) ; comment retrouver son autorité tout en gardant le
relationnel ? Résultat, il bouge sur sa chaise, son visage se transforme
et il dit « Je souhaite que nous travaillions ensemble, j’ai bien
compris qu’il me fallait y aller ».
Mais attention ! Ce n'est pas calculé, ce n'est pas stratégique, ce
n'est pas la position basse, ou la position métacomplémentaire de
Palo-Alto. C'est une position collaborative, sans intention cachée, une
position de fragilité, de vulnérabilité. Parce que la fragilité est une
force saine. (voir l'article : stratégique ou collaboratif)
Traverser le « thème » du client fait encore plus peur lorsque ce thème
est en résonance avec le nôtre. Il s’agit alors non seulement de prendre
le risque relationnel, mais en plus d’oser se confronter soi-même,
traverser une zone sensible chez soi. Double appréhension ! Un lieu de
thérapie et de supervision s'avère nécessaire.
Le coaching est un co-apprentissage. Là est le métier de coach, oser grandir aussi. |


